Capitaine Maurice de Seynes – promotion 1936 de l’École de l’air
Au cours des guerres, les actes de courage ont été innombrables. Le comportement du capitaine Maurice de Seynes, parrain de la promotion 1949 de l’École de l’air et de la Base aérienne d’Orange, est à classer parmi les plus remarquables en ce qui concerne le sacrifice et l’abnégation.
Jeune pilote, il entre dans la guerre dès sa sortie de l’école. Après une brillante campagne de France au sein du groupe de chasse 2/6 « Travail » au cours de laquelle il obtient 2 victoires aériennes, il décide de déserter en passant par l’Espagne et Alger pour rejoindre l’Union Soviétique où il arrivera fin 1943. Le groupe « Normandie » créé par le général de Gaulle s’y battait déjà avec acharnement aux côtés des Russes et y remportait d’admirables victoires depuis plus de 7 mois. La rudesse des conditions de vie, surtout l’hiver, et l’éloignement de la Mère patrie ajoutaient à l’âpreté des combats mais tout cela était en partie compensé par la chaleureuse entente fraternelle qui unissait Français et Russes.
A la mi-juillet 1944, au cours d’un transfert entre les terrains de Doubrovka et de Mikoutani, dans la région de Vilnius, rendu nécessaire par l’avancée du front, il se produisit un drame, dont Maurice de Seynes fut à la fois la victime malheureuse et le héros glorieux. Au cours de ces vols, chaque pilote embarquait son mécanicien à bord de son avion, mais l’emplacement était si exigu qu’il lui était impossible de s’équiper d’un parachute. Peu de temps après le décollage, l’avion d Maurice de Seynes et de son mécanicien russe, l’adjudant-chef Biélozouf revient au terrain. De Seynes annonce une importante fuite de carburant.
Il tente de se poser à plusieurs reprises mais, aveuglé et intoxiqué, il n’y parvient pas. Alors le capitaine Delfino, son chef, prend le micro et lui intime l’ordre d’évacuer l’avion en parachute. Les pilotes présents comprennent qu’il ne sauterait pas car il savait que son mécanicien était condamné. Tout le monde attend le dénouement. Quand l’avion s’écrase, tous les pilotes se précipitent, mais ne relèvent, gisant sur l’herbe, que les deux corps sans vie de leurs camarades. Ils les couchèrent côte à côte dans la même tombe.
Le nom de Maurice de Seynes reste gravé à jamais dans la mémoire de l’Armée de l’air russe.
Capitaine Jacques Estienne– promotion 1935 de l’École de l’air
Affecté en Indochine à l’escadrille d’hydravions 1/CBS à Cat Lai, puis en février 1945 au commandement d’une section d’hydravions à Watchay Chai. Son travail était alors d’appuyer les troupes de l’infanterie coloniale dans la région côtière. La situation devient alors de plus en plus difficile avec les japonais. Le 9 mars 1945 au matin, l’armée japonaise déclenche une attaque sur les villes d’Hanoï, de Haiphong et de Lang-son. Le capitaine Estienne qui commande la base de Watchay est dans l’ignorance totale de l’avancée nipponne. A 17 heures, lui parvient alors l’ordre de détruire son matériel volant et de rejoindre une zone éloignée de 80 km au nord-ouest avec ses armes et son personnel, pour soutenir l’infanterie coloniale sur une position de résistance. L’ordre de destruction et de poursuite des combats au sol était prévu et écrit dans les consignes. Le capitaine Estienne va les appliquer scrupuleusement et méthodiquement connaissant parfaitement le sens du mot discipline.
Avant de quitter ses positions, il s’assure que les familles seront protégées. Il quitte la base le 10 mars à 3 heures du matin avec les véhicules et son personnel qui se compose de 9 sous-officiers et 70 tirailleurs indochinois.
Il arrive à Tien-Yen à 8 heures. A 500 mètres à l’est de la petite ville de Tien-Yen, se dressait un mamelon sur lequel avaient poussé 2 arbres.
Devenu fantassin avec sa troupe, le capitaine Estienne reçoit l’ordre de couper le point le plus avancé de la ligne de résistance, à savoir le « Mamelon des deux arbres » et stopper l’avance des japonais. Le capitaine Estienne installe alors les pièces d’artillerie. Ce point a été confié aux aviateurs car ce sont les seuls à posséder les véhicules qui leur permettront de décrocher rapidement.
Les aviateurs se positionnent dans les tranchées déjà préparées et installent les mitrailleuses récupérées sur les hydravions. Les collines aux alentours sont tenues par l’armée de terre. Aucune liaison n’est possible entre les différents postes.
Vers la fin de la matinée du 10 mars les Japonais arrivent. Ils sont alors arrêtés dans leur élan par les mitrailleuses du capitaine Estienne. Ils se déploient et cherchent à percer la ligne de résistance.
Le groupe Estienne continue le combat. Pendant 3 jours et 2 nuits les Japonais tentent de percer la ligne. Le 13 mars au matin, grâce à l’arrivée de renforts, ils arrivent à déborder le « Mamelon des deux arbres ». L’ordre de repli arrive, mais il est trop tard et le Capitaine Estienne décide de tenir la position.
Le capitaine tente de faire face sur tous les côtés. Les premiers assauts des Japonais sont repoussés. Un ultime assaut est alors tenté par les ennemis qui parviennent au sommet du mamelon. Le capitaine Estienne tombe, frappé d’un coup de sabre. Les hommes de l’escadrille tombent à leur tour autour de lui. Les prisonniers seront également massacrés. Il n’y aura pas de survivants, à l’exception de quelques tirailleurs.
Pendant plus d’un an les morts sont restés enfouis à l’endroit où ils étaient tombés.
Le sous-lieutenant Giansily et le sergent-chef Mortuaire effectuèrent une mission pour récupérer les corps laissés sur place.
Ils retrouvèrent 8 corps enterrés dans les tranchées. Une cérémonie eut lieu le 28 septembre 1946 à Hanoï dans la cour de la citadelle à la mémoire des aviateurs du « Mamelon des deux arbres » que l’on appellera, désormais, le « Mamelon des aviateurs ». Ont été associés, à ces noms, les 52 tirailleurs indochinois morts à leurs côtés.
Les noms :
Capitaine pilote Estienne
Adjudant-chef pilote Lauriance
Adjudant-chef mitrailleur Buttard
Adjudant-chef mécanicien avion Rufïini
Adjudant-chef mécanicien avion poli
Adjudant-chef mécanicien armement Carissan
Adjudant mécanicien avion Garnier
Adjudant radio Pahun
Source : « L’escadrille du Calao » (ED. France-Empire – 1976)
Commandant® Dr. Christian Brun
Insigne du Groupe de Chasse n°3 « Normandie » et insigne de l’Escadrille 8 S.
