René Pomier Layrargues, est né le 1er novembre 1916 à Montpellier, dans une famille de vieilles traditions protestantes. Il reçoit le prénom d’un oncle, lieutenant de chasseur alpin, tombé au champ d’honneur dès les premières semaines de la Grande Guerre.
Il est l’ainé de 4 garçons. Il fait d’excellentes études secondaires au lycée de Montpellier. Il rencontre alors fréquemment son cousin Willy Hérisson, pilote de chasse titulaire de 11 victoires aériennes pendant la Grande Guerre.
Obtenant son baccalauréat en 1934, il entre comme pensionnaire au lycée Saint-Louis pour y préparer les grandes écoles. Admis à l’École de l’air en 1937, il fait donc partie de la promotion Mézergues.
Au cours de la première année passée à Salon-de-Provence, il est remarqué pour sa rigueur, son équilibre et sa belle allure. Après un stage à Cazaux, il rejoint l’école de pilotage d’Avord le 19 septembre 1938. Il est breveté pilote le 11 février 1939 et est nommé sous-lieutenant le 22 août 1939.
Après un bref passage à l’école de perfectionnement d’Étampes, il est admis au centre d’instruction de la chasse de Chartres le 24 septembre et achève sa spécialisation en mars 1940.
Le sous-lieutenant Pomier Layrargues rejoint sa première affectation opérationnelle, le groupe de chasse 2/7 à Luxeuil, le 7 mars 1940. Affecté à la 4ème escadrille, la SPA 78, commandée par le capitaine Hugo, celui-ci le prend comme équipier et apprécie très vite ses qualités d’officier, de pilote et de tireur. Il est adopté d’emblée par les pilotes qui reconnaissent sa sportivité, ses dons d’animateur et son rayonnement.
René Pomier Layrargues met à profit la période de relative inaction appelée « Drôle de guerre » pour s’intégrer à l’escadrille et se perfectionner dans le travail en patrouille.
Le 10 mai 1940, c’est l’offensive allemande. Le terrain de Luxeuil est bombardé et attaqué au canon à plusieurs reprises. La patrouille d’alerte du 2/7 abat un Heinkel 111. Pour Pomier Layrargues, c’est une mauvaise journée. Non seulement il ne participe pas au combat aérien, mais son camarade Henri Jeandet est très gravement blessé au cours d’un affrontement avec des Messerschmitt 110. Le sous-lieutenant Couillens, arrivé au groupe avec lui, est tué au cours du même engagement.
Le lendemain, 11 mai, Pomier Layrargues reçoit le baptême du feu. Équipier du capitaine Hugo, il attaque une formation de Heinkel 111 et, malgré le faible avantage en vitesse du Morane 406, la patrouille détruit un de ces bombardiers.
Toujours en patrouille avec le capitaine Hugo, il abat un Dornier 17 le 19 mai et un Heinkel 111 le 24 mai. Il remporte une nouvelle victoire le 25 avec un autre chef de patrouille.
Le groupe de chasse 2/7 quitte alors Luxeuil pour Marcilly-sur-Tille (Côte d’Or). Et remplace ces Morane 406 par des Dewoitine 520 beaucoup plus performants. La transformation du personnel est rapide. Elle est à peine terminée quand le groupe est appelé à d’autres opérations.
Sur le front du Nord, la bataille prend un tour dramatique. Au matin du 5 juin 1940, la 4ème escadrille est détachée d’urgence sur le terrain de Meaux-Esbly renforcer le groupe de chasse 13 qui a subi de fortes pertes. L’après-midi, l’escadrille du capitaine Hugo se voit confier sa première mission dans ce nouveau secteur : constituer avec une patrouille triple l’échelon le plus haut d’un important dispositif chargé de garantir au-dessus de la Somme la liberté d’action des bombardiers et chasseurs attaquant les objectifs terrestres.
Arrivant sur le secteur de travail, entre 6000 et 7000 mètres d’altitude, la patrouille triple est prise à partie par une quinzaine de Messerschmitt 109. La patrouille haute est anéantie, un avion abattu en flammes et l’autre décrochant en vrille. La patrouille moyenne puis la patrouille basse engage un combat tournoyant. Mais l’arrivée d’une 2ème formation de Messerschmitt, encore plus nombreuse, provoque une grande confusion. Conservant tout son sang-froid, Pomier, Layrargues ajuste un Messerschmitt à la queue blanche, l’atteint d’une seule rafale provoquant l’évacuation du pilote en parachute. Celui-ci est fait prisonnier et se révèle être le capitaine Molders premier des As allemands avec 34 victoires dont 8 sur le Front français (les autres acquises en Espagne à la Légion Condor et en Pologne) ; il demande à rencontrer son vainqueur pour le féliciter. Ce ne sera pas possible ; en effet, le combat continue : Pomier Layrargues abat un 2ème Messerschmitt avant d’être lui-même atteint et de percuter une maison à Marissel dans la banlieue immédiate de Beauvais. Son corps fut enseveli dans le cimetière voisin, mais ne put être identifié que de longs mois plus tard, après une minutieuse enquête de Mme l’Herbier Montagnon, qui a consacré sa vie à la recherche des aviateurs disparus.
En moins de 3 mois d’opérations, plus précisément en moins d’un mois de combat, Pomier Layrargues a remporté 6 victoires aériennes avant de succomber en un combat trop inégal.
Selon le général Hugo, qui commandait alors son escadrille : Il avait, le 5 juin 1940, sauvé l’honneur de l’escadrille qui, dans ce combat, perdit 4 pilotes sur 8 engagés. Lui, le plus jeune pilote, avait été le seul à réussir à tirer sur l’ennemi et avait obtenu 2 magnifiques victoires qui venaient s’ajouter aux 4 précédentes. Ainsi reste-t-il dans la mémoire de ses camarades de combat, l’un des héros les plus méritants de cette « Campagne de France ».
Commandant ® BLANC Laurent et Commandant ® BRUN Christian
