Né le 5 février 1912 à Valenciennes, Edmond Marin la Meslée s’intéressa dès son adolescence à l’aviation
Son père qui avait fondé l’aéroclub de Valenciennes, encouragea sa vocation. Aussi, dès qu’il eut obtenu son baccalauréat en 1929, le jeune homme entra à l’école Morane de Villacoublay. Le 1er août 1931, il passa avec succès les épreuves du brevet. L’attrait pour l’aéronautique étant devenu une véritable passion, il choisit, le 4 novembre suivant, de devancer l’appel du service militaire.
Il quitta bientôt l’école de pilotage d’Istres pour rejoindre la base d’Avord en 1932. C’est là qu’il s’initia à l’acrobatie aérienne et révéla à ceux qui suivirent ses exhibitions des qualités exceptionnelles. La « chasse » seule pouvait lui apporter des satisfactions qu’il attendait de l’aviation ; promu sous-lieutenant de réserve le 28 septembre 1932, il termina son service dans cette arme prestigieuse au 2ème régiment d’aviation stationné à Strasbourg.
Décidé à rester dans l’armée qui avait comblé ses aspirations au cours de cette dernière année, il se résolut à rendre ses galons de sous-lieutenant de réserve pour rengager au grade de sergent et préparer l’École des élèves officiers d’active. Contrairement aux règlements en vigueur, il demeura dans son unité par la volonté de ses supérieurs qui ne tenaient pas à se séparer d’un si brillant élément. Il perfectionna sa pratique de pilotage à Tours et réussit les épreuves de chef de patrouille.
Il fut admis, le 30 septembre 1936, à l’École de l’air de Versailles ; un an plus tard, il regagnait son grade de sous-lieutenant et rejoignit, le 1 décembre 1937, à Reims, la 5ème escadre de chasse, qu’il ne devait plus quitter et au renom de laquelle il allait largement contribuer.
Quand éclata la guerre en septembre 1939, Marin la Meslée était prêt au combat. Il remporta son premier succès sur un Curtiss H-75 le 11 janvier 1940 en abattant un Dornier Do 17. Ce jour-là, le groupe de chasse 1/5 fêta sa première victoire. Enhardi par ce résultat, le jeune chasseur ne souhaita plus que réitérer l’exploit. Quand se déclara l’offensive allemande, il déborda d’activité. En une semaine, du 12 au 19 mai 1940, il descendit 9 avions ennemis : 4 Juncker Ju 87, 1 Messerschmitt BF 109, 3 Heinkel He 111 et un Do 17. En plus des missions de chasse, il effectua des sorties de reconnaissance, opérations moins spectaculaires mais tout aussi périlleuses.
Les 22 et 23 mai, il survola les lignes allemandes et s’enfonça en territoire ennemi, d’où il rapporta de précieux enseignements, sa témérité lui valant d’être cité à l’ordre de la division. Les 24 et 26 mai ainsi que les 3 et 11 juin, de nouvelles victimes tombèrent sous ses coups.
Il n’était plus temps de vaincre : la retraite avait sonné. Le 20 juin, le groupe de chasse 1/5 quitta la métropole pour se replier en Afrique du Nord. Cette unité, ayant perdu son commandant, blessé en combat aérien le 18 juin, se trouvait depuis placée sous les ordres de Marin la Meslée. Arrivée en Algérie le 22 juin, elle gagna successivement Oran, Meknès et Fès avant d’être basée à Rabat le 22 août 1940. À cette date, un seul désir animait Marin la Meslée : continuer le combat. Il résista toutefois à l’idée de gagner Gibraltar et se rallier aux Forces aériennes françaises libres, estimant de son devoir d’officier de rester auprès de ses hommes.
Refusant l’armistice, il prépara ses compagnons à la reprise des hostilités. Ses vœux furent exaucés quand les Américains débarquèrent le 8 novembre 1942. Équipé de P 39 Airacobra, son groupe se lança à nouveau dans la lutte contre l’Allemagne et fut chargé de la surveillance des côtes algériennes et de la protection des convois.
Ces missions ne répondaient pas aux attentes de l’aviateur. Plus que ses nominations au grade de capitaine (15 décembre 1941) ou de commandant (25 juin 1944), comptaient pour lui les victoires qu’il remportait sur l’ennemi. Le 1 octobre 1944, le groupe de chasse 1/5 commençait une série d’opérations offensives au-dessus de la plaine d’Alsace.
Le 4 février 1945, son unité fut chargée d’une mission dans la région de Neuf-Brissac. L’appareil de Marin la Meslée placé à la tête du groupe fut abattu par la Flak, le pilote étant mortellement touché. Il effectuait ce jour-là, sa deux cent trente-deuxième mission de guerre.
Ainsi tomba celui qui était surnommé le Guynemer de la Seconde Guerre mondiale : il avait obtenu 15 victoires officielles et 5 officieuses en l’espace de quelques semaines.
Colonel (Cr) François Mével
