Gabriel Gauthier est né à Lyon le 12 septembre 1916. Son père Jean est employé à la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée et sa mère Louise est institutrice.
Après de brillantes études et attiré par l’aviation, il passe en juin et juillet 1936 le concours d’admission à la toute nouvelle École de l’air de Versailles, née officiellement le 3 juin 1933. Ayant été reçu, il intègre cette prestigieuse école, située dans les Petites Écuries, le 1er octobre et fait partie de la 2ème promotion de l’École de l’air, la promotion « Astier de Villatte ». Les élèves sont répartis en quatre brigades, Gabriel Gauthier faisant partie de la 4ème.
La formation dispensée est très complète et comporte trois volets, militaire, scientifique et bien sûr aéronautique. Après 25 heures environ de vol en qualité d’observateur, l’ensemble de la promotion se dirige le 1er mai 1937 vers le centre école n° 352 d’Avord pour les cours de pilotage et les épreuves du brevet de pilote. Ayant effectué un peu plus de 45 heures de vol à Avord sur Morane Saulnier 230, Gabriel Gauthier obtient le 11 août 1937 le brevet de pilote N° 25812.
Le tout nouveau sous-lieutenant est affecté le 20 mars 1939 à la 3ème escadrille du GC II/7 commandée par le capitaine Tomy Papin-Labazordière, escadrille qui perpétue les traditions de la SPA 73 sur le terrain de Dijon. Le GC II/7 commence à être équipé de Morane-Saulnier 406 depuis le mois de février.
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne, le 2 la France décrète la mobilisation générale et le 3 l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Le GC II/7 se déplace à Luxeuil Saint Sauveur, son terrain de campagne.
Après avoir réalisé de nombreuses missions de protection et obtenu deux victoires aériennes, il est abattu le 21 décembre 1939 par un Messerschmitt 109 et bien que grièvement blessé, il parvient à poser son avion dans les lignes françaises.
Hospitalisé, il subit plusieurs interventions chirurgicales à la tête, et ne sort de l’hôpital que le 16 août 1940 pour partir en congés de convalescence. Finalement ce n’est que pratiquement un an après qu’il parvient le 16 novembre 1940 à rejoindre le GC II/7 replié à Sidi Ahmed en Tunisie, non sans avoir été au préalable nommé lieutenant le 15 septembre 1940.
Après le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, le GC II/7 est équipé à partir de février 1943 de Spitfire Mk V. Gabriel Gauthier participe avec son groupe à la campagne de Tunisie, puis aux couvertures de convois maritimes et en septembre à la libération de la Corse.
Le 25 septembre 1943 il est promu au grade de capitaine et le 30 il obtient sa troisième victoire sur un Dornier 17. Il en obtient deux autres les 10 et 30 octobre. En récompense de ses victoires et de sa collaboration avec la Royal Air Force, le général Graves lui décerne le 8 novembre la plus haute distinction de la R.A.F., la Distinguished Flying Cross.
Le 27 juillet 1944, G.G. comme tout le monde le surnomme est nommé commandant en second du GC 2/7 Nice, et le 15 août, il participe à la couverture du débarquement de Provence. Puis ce sera la rapide remontée vers l’Est de la France jusqu’à la victoire finale. Au cours de cette période, il obtient cinq nouvelles victoires, est abattu par la Flak le 15 septembre mais parvient à rejoindre son groupe, et prend le commandement du GC 2/7 Nice le 24 février 1945.
Son bilan pour la période 1939-1945 est éloquent : 564 heures et 45 minutes de vols de guerre en 368 missions, 10 victoires aériennes sûres et 4 victoires probables et a reçu 13 citations !
En septembre 1945 il est désigné pour suivre les cours de la prestigieuse Command and Staff School, l’école d’état-major de l’armée américaine basée à Fort Leavenworth au Kansas.
A son retour en France, le 28 février 1946, il est affecté à l’état-major de l’Armée de l’air à Paris, le 25 décembre il est promu au grade de commandant et le 10 janvier 1947 est nommé second du commandement de la 6ème escadre de chasse basée à Rabat au Maroc.
Le 16 février 1948, Gabriel Gauthier est muté comme commandant en second de la base aérienne 708 de Meknès qui abrite l’école de chasse « Christian Martell », puis le 1er avril 1950 il est nommé commandant de la 2ème escadre de chasse stationnée sur la base aérienne 102 de Dijon. Le 1er juillet 1951 il est promu au grade de lieutenant-colonel.
Le 16 août 1952, Gabriel Gauthier est muté au 1er commandement aérien tactique à Lahr en Allemagne comme sous-chef des opérations, puis au mois de juillet 1954 il est affecté à l’état-major du commandement Air en Extrême-Orient basé à Saïgon mais n’y restera que trois mois. À son retour en France Gabriel Gauthier entre le 3 novembre 1954 au centre d’enseignement supérieur aérien de Paris dans lequel il sera stagiaire à l’École de guerre aérienne, pour être affecté le 6 janvier 1956 au commandement de la défense aérienne du territoire de Versailles comme chef des opérations et être promu le 1er mai au grade de colonel. Le 16 juin il est nommé commandant de la 3ème brigade de chasse et de la base aérienne 112 de Reims. C’est à ce poste qu’il organise en septembre 1956 le déplacement de plusieurs Thunderstreak de Dijon jusqu’à la base d’Akrotiri à Chypre en vue de l’opération franco-anglaise de Suez pendant laquelle il effectuera trois missions de guerre.
Au mois de novembre 1957, Jacques Chaban-Delmas alors ministre de la défense nationale l’invite à renforcer son cabinet particulier tout en restant à la tête de la base de Reims. Le 17 juillet 1958, il est affecté au 3ème bureau de l’état-major de l’Armée de l’air à Paris en tant que chef de bureau, puis en avril 1960 il est nommé commandant de la base école 701 de Salon-de-Provence devenant ainsi le premier commandant de l’école de l’air issu de ses rangs.
Ce poste le passionne et sous son impulsion, l’école va changer de visage. Sous son autorité, l’élève-officier va devenir un ingénieur à part entière et son diplôme reconnu au niveau national. L’enseignement moral et scientifique qui y est prodigué place l’École de l’air parmi les grandes écoles françaises.
Le 8 novembre 1960, il est fait grand officier de la légion d’honneur, puis le 1er décembre il est nommé général de brigade aérienne. Il a alors 44 ans et devient le plus jeune haut gradé de l’Armée de l’air.
C’est à cette époque que de nouvelles nominations arrivent. Tout d’abord, le 2 mai 1962 avec sa prise de commandement de la 5ème région aérienne à Alger puis le 3 juillet avec la nomination de commandant de l’air en Algérie. En fait, Gabriel Gauthier a la lourde tâche d’organiser le rapatriement des forces aériennes françaises après la signature des accords d’Evian en mars. Sa mission accomplie, il rentre en France le 1er novembre car le général de Gaulle l’a appelé à rejoindre son état-major particulier pour ensuite le nommer, un mois plus tard, chef de cet état-major. Le 1er janvier 1963, il est promu au grade de général de division aérienne. Un an et demi plus tard, le 1er juin 1964, il est désigné pour diriger le 1er commandement aérien tactique et des forces aériennes d’Allemagne basées à Lahr.
Puis, suivant l’exemple de ses alliés de l’OTAN, la France se dote d’une Force Aérienne Tactique (FATAC) dont Gabriel Gauthier devient le premier commandant le 20 avril 1965. Il dirige aussi la 1ère région aérienne basée à Metz.
Entre temps, le 1er avril, il a été promu au grade de général de corps aérien.
A partir de l’année 1966, il est chaque année nommé membre titulaire du conseil supérieur de l’air, et le 1er juillet 1968, il devient général d’armée aérienne. Désormais, 5 étoiles ornent son uniforme !
Le 23 juillet de la même année, à 52 ans, il est nommé, sur proposition de Pierre Messmer, ministre des armées, inspecteur de l’armée de l’air, puis le 13 décembre 1969 chef d’état-major de l’Armée de l’air.
En 1972, Gabriel Gauthier est nommé vice-président du conseil supérieur de l’Armée de l’air et le 23 septembre, il reçoit des mains de Georges Pompidou la plus haute des distinctions, la Grand-Croix de la Légion d’honneur.
Le 12 décembre 1972 il est placé en congé définitif du personnel navigant.
Il quitte ses fonctions en laissant le souvenir d’un grand chef que beaucoup admirait, et qui aura œuvré pour renforcer le professionnalisme de l’Armée de l’air. De plus, il a eu à cœur d’améliorer les conditions du personnel notamment en développant une véritable politique de promotion interne.
Il faut noter qu’au cours de ces années de hautes responsabilités, Gabriel Gauthier n’a cessé de voler au maximum de ses emplois du temps, et a toujours voulu essayer tous les nouveaux chasseurs mis en service dans l’Armée de l’air. Pour exemple, le 2 juillet 1961 il est lâché sur Dassault SMB2, sur Mirage III C le 22 janvier 1962, puis un vol à Mach 2 le lendemain, lâché sur F-100 Super Sabre le 2 septembre 1964, sur Jaguar E 01 le 25 mars 1970 et sur Mirage F1 le 21 avril 1970.
Gabriel Gauthier se retire dans sa maison de Cornillon-Confoux près de Salon-de-Provence. Le 3 mars 1996, à pratiquement 80 ans, Gabriel Gauthier rejoint le paradis des héros de l’air.
Mais il n’en a pas fini avec l’Armée de l’air. En 1995, la 60ème promotion de l’École de l’air le choisit comme parrain, 59 ans après qu’il y soit entré !
Son palmarès est éloquent :
6493 heures de vol sur 102 types d’avions différents
10 victoires aériennes sûres et 4 probables
2 blessures de guerre
14 citations
Grand-Croix de la Légion d’honneur
Croix de guerre 1939-1945 avec 9 palmes, 3 étoiles de vermeil et 1 étoile de bronze
Croix de guerre des opérations extérieures avec palme
Médaille des blessés
Médaille Outre-mer avec agrafe « Tunisie »
Médaille commémorative 1939-1945 avec barrettes « France », « Afrique », « Italie », « libération », « Allemagne »
Médaille de l’aéronautique
Médaille commémorative des opérations de sécurité au Moyen-Orient
Médaille d’or de la jeunesse et des sports
Distinguished Flying Cross britannique
Dinstinguished Flying Cross américaine
Commandeur du Ouissam Alaouites
Grand-croix de l’ordre de l’aéronautique espagnol
Grand officier du mérite aéronautique brésilien
Grand officier du mérite de la république italienne
Commandeur de la Legion of Merit (U.S.A.)
Grand officier de l’ordre national de la république Malgache
Grande Croix de Malte des Veterans of Foreign Wars of the United State
Jean-Jacques Leclercq (officier de la réserve citoyenne)
