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Né à Biol (Isère) le 14 novembre 1885, Antonin Brocard fit ses études au lycée de Grenoble et entra avec succès à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1905.

Sorti lieutenant de chasseurs à pied en 1909, il sollicita son détachement afin de participer à la grande aventure qui commençait, celle de l’aéronautique. Breveté pilote en 1911, il obtient l’année suivante son brevet militaire à l’école de Pau. Au début de la guerre, affecté à l’escadrille D-4, il se signale par son sang-froid et son habileté dans de périlleuses missions de reconnaissance et décroche sa première citation.

Transféré sur sa demande dans une escadrille de chasse, la Bl-3, en cours de transformation sur Morane Parasol, devenant la MS-3, le jeune officier, tout en effectuant des vols de reconnaissance, put désormais rechercher l’affrontement dans le ciel. Il se distingua vite et reçut, le 18 mars 1915, le commandement de son unité ; celle-ci allait gagner la célébrité sous son impulsion. Recevant des appareils modernes, plus rapides et plus maniables, l’escadrille pu former et entraîner les meilleurs pilotes tels Védrines, Guynemer et Deullin. Brocard, le premier, s’illustra dans les combats aériens, tel celui du 3 juillet 1915 où il contraignit un albatros à atterrir, ou celui qui, deux mois plus tard, lui permit d’abattre un appareil ennemi revenant d’un raid sur la capitale.

 

En 1916, la N-3, qui combattait sous l’insigne de la cigogne, joua un rôle décisif au-dessus de Verdun. Le 20 mars, il fut blessé à la mâchoire par une rafale de mitrailleuse au cours d’un combat avec 3 avions allemands, mais réussit à éliminer l’un d’entre eux avant de regagner les lignes françaises. Au cours des opérations de Verdun et de la Somme, de mars à août 1916, son escadrille livra 338 duels aériens abattant 38 avions ennemis et contraignant 36 autres à l’atterrissage. En octobre 1916 les groupes de combat furent créés. Brocard reçu le commandement du GC-12, appelé « groupe de combat Brocard », prenant la dénomination définitive de « groupe des cigognes », qui devint le fer de lance de la chasse française. Par son autorité et son prestige, Brocard parvint à s’imposer et réussit à assurer la cohésion de son unité, véritable pépinière d’As qui, au cours des offensives de 1917, remportèrent de très nombreuses victoires.

Le 13 septembre de cette même année, Brocard fut appelé par le sous-secrétaire d’État à l’Aviation Dumesnil pour assurer les fonctions de chef de cabinet. Il s’employa efficacement à accroître le potentiel aéronautique de son pays. À la fin de la guerre, il reprit le commandement de son groupe, devenu l’escadrille n° 2. Démissionnant de l’armée, sa carrière s’orientera désormais vers la politique. La suprématie française nécessitant d’importantes forces aériennes à ses yeux, c’est en partie pour défendre son arme qu’il se présenta aux élections de 1924. Élu, il prit régulièrement la parole au cours des discussions du budget de l’Air. Réélu en 1928 contre Maurice Thorez, il poursuivit son action parlementaire avec une énergie accrue et devint président de la commission de l’aéronautique civile, commerciale, militaire, maritime et coloniale. Il intervint sur toutes les questions relatives à l’Air, déplorant l’absence de politique industrielle dans ce domaine. Battu aux élections de 1936, il quitta définitivement la vie politique. Colonel depuis 1930 dans les cadres de réserve, il passa général de brigade le 21 janvier 1937. Lorsque débuta la Deuxième Guerre mondiale, il fut chargé de mission du ministère de l’Air auprès de la Défense aérienne du territoire et, placé à nouveau dans la réserve en 1940, il cessa toute activité.

Commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre en 1914-1918 avec palmes et de neuf décorations étrangères, il mourut à Paris dans la nuit du 28 au 29 mai 1950. Ses cendres reposent à Marnes-la-Coquette, au pied du mémorial Lafayette où reposaient ses compagnons des Cigognes.

Colonel (CR) François Mével

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