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Les traditions et leurs fonctions

1 – Les traditions en École

C’est dans les écoles de formation que l’aviateur apprend à s’intégrer et à faire corps avec la communauté. Les traditions, qui sont un instrument d’éducation et de formation vont permettre aux élèves de s’identifier au groupe et de s’exercer à la solidarité.

Apprendre le métier des armes

Apprendre le métier c’est d’abord transformer le citoyen en soldat-citoyen. la période bloquée doit être vécue comme une période d’intégration et non comme une période de rupture. C’est une période de formation initiale où les traditions d’intégration ont le rôle fondamental de rappeler la singularité du métier.

Mais c’est aussi l’acceptation de la hiérarchie, qui se réfère à la notion de fidélité puisque il y a eu acte d’engagement. Marcher au pas, que l’on peut considérer comme une tradition dans le monde militaire, signifie que l’on accepte d’être commandé mais également de commander. L’individu est dans la section et en dehors de la section. Cette tradition rappelle la compréhension des rôles et l’importance du groupe. La notion de fidélité se retrouve également dans le salut qui est aussi une tradition.

Dans le but de sensibiliser le futur militaire au sens du service, c’est-à-dire être au service de l’autre, certaines traditions existent dans certaines écoles et pourraient même être étendues dans toutes. C’est par exemple, la lecture de différents textes, le rappel des différentes batailles, le souvenir des soldats, le rappel constant à l’histoire, à notre histoire, aux grands noms. C’est également la visite de stèles érigées en mémoire des disparus.

Ce sont aussi les cérémonies officielles, les commémorations des grandes dates ou des héros. Par ces manifestations c’est l’occasion de rappeler aux jeunes militaires le sens du rôle qu’ils ont à jouer, les dangers du métier et le devoir envers la patrie. C’est aussi par la présence du drapeau, le rappel de l’attachement du soldat à la France.

Apprendre et accepter la cohésion

Les traditions dans les écoles c’est aussi l’occasion de comprendre que les difficultés doivent être gérées en groupe. Cet esprit de groupe est permanent dans les écoles. Les traditions sont ici plus diffuses et se résument par des moments moins rigides et plus festifs. Les « dégageantes », par exemple, sont des instants où les élèves se rapprochent en passant une soirée ensemble. L’internat est aussi le moyen de les rapprocher. Le journal de marche de la promotion, le plus souvent humoristique, rappelle ces moments. Ici, c’est la cohésion qui est tradition.

C’est aussi le ravivage de la flamme sous l’Arc de triomphe, hommage rendu aux anciens combattants ou encore la « veillée aux armes » qui permet de réfléchir et de s’approprier les valeurs des anciens.

Il y a également les cérémonies de début et de fin de formation. La première est marquée par la présentation au drapeau (fin de la période d’intégration). Elle a pour but de faire prendre conscience au nouvel aviateur de son appartenance à l’armée française. Lors de cette cérémonie tout est réuni en ce qui concerne les traditions : le bloc, le chant et l’instant solennel. Pour marquer la fin de la formation, les traditions diffèrent en fonction des écoles : cérémonie, « dégageante » ou remise de diplôme.

Il existe également le baptême de promotion, où la promotion reçoit pour nom celui d’un aviateur illustre. Cette cérémonie permet d’ancrer les esprits dans la mémoire commune des héros militaires.

En école les traditions sont aussi représentées par les chants, que ce soit des chants tradition ou des chants de promotion. C’est la transmission verbale du sens du sacrifice, de la vaillance. Pour l’Ecole de l’air c’est par exemple les Rapaces ou encore Race d’aiglons. Leur but est de  renforcer la cohésion

Il existe aussi les traditions dites coutumières comme, par exemple, le baptême dans le vent des hélices, ou encore des traditions plus officieuses comme la remise de l’insigne de l’école  ou encore le mur promotion qui montre que l’on est capable de braver les interdits et d’enfreindre le règlement

Apprendre à commander et à se situer

Les traditions sont aussi là pour apprendre à commander à tous les niveaux. La coutume associée à ce commandement est la remise du poignard, cérémonie qui s’entoure de tout un rituel solennel très règlementé. Il existe également certaines traditions liées à la remise des galons.                 

Les traditions sont là pour exacerber les qualités humaines, la justice et le sens de l’éthique des futurs militaires, faire comprendre les exigences de ce métier. Une tradition informelle qui mérite d’être soulignée est « l’esprit de famille » qui implique des relations soudées entre le gradé et l’élève. Ainsi toutes les traditions que l’on a vues, sont marquées par la présence de l’aîné, voire du parrain.

Lors de toutes les cérémonies, la présence de l’encadrement est indispensable et fait partie des traditions tout au long de la formation. Les cadres sont les vecteurs de transmission de ces valeurs. Ils sont les garants de la cohésion et s’assurent de la pérennisation des évènements de la promotion.  Ils sensibilisent à la hiérarchie militaire et aux relations sociales à l’intérieur du groupe.

2 – Les traditions d’unités et de corps

Le but des traditions est aussi d’intégrer l’individu dans l’unité et dans l’armée de l’air pour forger un esprit de corps et de famille. Elles permettent également de découvrir la vie de l’unité.

Favoriser l’intégration dans le groupe

Différents divertissements sont susceptibles de favoriser la transmission de codes culturels. C’est par exemple les « bahutages » en unité, le breuvage à avaler pour mériter la remise de la pucelle ou encore la « salade de galons ». Ces traditions, propres à chaque unité, sont instaurées pour marquer l’arrivée du jeune aviateur, pour qu’il puisse s’intégrer dans la nouvelle équipe et être reconnu par les autres.

Pour les équipes navigantes, une tradition est incontournable : le « passage dans le bac ». A l’issue du premier lâcher le passage dans un bac rempli d’une saumure dans laquelle le pilote rentre tout habillé est un moment incontournable montrant ainsi que le pilote dépend des mécaniciens.

Le rôle des anciens dans ces moments est très important. En effet ce sont eux qui établissent les rites d’accueil et qui sont les garants du bon déroulement des « manifestations ».

Appréhender sa nouvelle place dans l’institution

Les traditions se déclinent également dans les activités journalières. Ainsi, pour le nouvel affecté, s’occuper des tâches annexes dans l’unité fait partie des traditions qui permettent de s’approprier les règles de la vie en collectivité. Il participe à la vie active du groupe. La responsabilité du journal de marche de l’unité en est un exemple parfait.

Mais c’est aussi, de façon plus diffuse, la présence des anciens qui, par le parrainage et le retour d’expérience, transmettent au filleul et montrent qu’ils sont à l’écoute des problèmes rencontrés. 

Les traditions au quotidien : entretien et renforcement de l’esprit de corps

L’unité se caractérise par une mission commune et un esprit de corps. Ce dernier est entretenu au quotidien par les traditions de l’unité, que ce soit des symboles matériels, l’histoire propre ou encore des éléments moins formels liés à la vie du groupe.

L’unité se définit à travers des symboles portés par les membres comme, par exemple, l’insigne ou « pucelle » qui est l’emblème du groupe. C’est un signe de reconnaissance et son port est un acte de communication.

Il existe d’autres marques de reconnaissance dans l’armée de l’air comme par exemple l’insigne des arpettes ou encore les insignes de brevet (brevet de pilote, de parachutisme, …). Il y a aussi les patchs portés sur les combinaisons de vol ou de travail. Ils font l’objet d’une grande tolérance sans toutefois dépasser les limites fixées.

On peut citer aussi le port du béret chez les commandos et la tenue des pilotes ou des mécaniciens. Ces éléments vestimentaires sont des vecteurs de tradition.

Le drapeau, qui légitime l’action militaire, est présent sur toutes les bases aériennes. Il est détenu par le commandant de base et par certaines unités qui se sont distinguées comme : l’Alsace, le Lorraine ou le Normandie-Niemen. La possession du drapeau a un lien fort avec le passé de l’unité. Il est le rappel du lien indissociable entre l’Armée et la Nation.

Certaines unités ont pour étendard un fanion à leurs couleurs (rectangulaire pour l’escadron et triangulaire pour l’escadrille).

Il est à noter que les traditions d’une unité ne meurent jamais, elles sont uniquement mises en sommeil.

Une unité peut être décorée pour ses faits d’arme en temps de guerre, décorations cousues sur la cravate du drapeau qui est accompagné éventuellement de fourragères.

Le personnel de l’unité porte lui aussi ces fourragères attachées à la patte d’épaule gauche. Le port de la fourragère est un honneur puisque celle-ci est chargée de souvenirs.

Certaines unités ou bases possèdent des musées ou des salles traditions où sont conservées les reliques des grands anciens (effets, décorations, carnets de vol, …). Ce sont des lieux de rassemblement et de souvenirs mais également de méditation propre à l’unité et à la base.

Il existe aussi dans les unités de l’armée de l’air des cahiers de marche ou Journaux de marche et d’opérations qui retracent la vie et l’ambiance de l’unité. Ce sont des documents officiels qui permettent de rédiger l’historique des activités.

Il y a aussi des moments moins solennels mais tout aussi importants. C’est, par exemple, le sport, synonyme de détente et qui doit être entendu comme un moment qui rassemble (tournois inter-unités, marches de cohésion, marche du colonel, …).

Les saints patrons sont également fêtés dans l’armée de l’air comme la Saint Eloi, fête des mécaniciens, qui a lieu début décembre et qui est l’occasion, pour cette corporation, de bahuter les autres spécialités et en particulier les pilotes. On peut également citer Saint-Michel qui est le patron des parachutistes et donc des commandos de l’air, Saint-Gabriel le patron des transmissions et Saint-Raphaël celui du renseignement.

Ces traditions sont indissociables de l’unité et apportent un soutien constant aux hommes du groupe.       

3 – Des traditions pour l’accomplissement des aviateurs

Les traditions permettent également de prendre conscience de ses responsabilités et de comprendre ce qu’est le sens de l’abnégation et du sacrifice. Ainsi, la reconnaissance des héros et les récompenses reçues doivent être des objectifs permettant à l’individu de se dépasser.

Pour forger l’abnégation et le sens du service

La tradition dans les armées se concrétise également par le sens du service, l’accomplissement de son rôle d’exécutant et de chef, par le fait de donner l’exemple et d’accepter le danger et les risques.

Dans ce but, le souvenir des héros va alors prendre une place importante. Ce souvenir se décline, sur une base, à travers le nom des bâtiments, des salles, de certains lieux. Ainsi, les grands anciens sont toujours présents. Se souvenir c’est également commémorer pour rappeler. Dans ce but, certaines cérémonies sont organisées sur base en particulier pour l’anniversaire de la disparition de Maryse Bastié ou encore de Georges Guynemer et pour célébrer l’appel du 18 juin. Ainsi, les héros sont toujours présents afin de rassembler, de fédérer et d’encourager. Ils véhiculent les valeurs attendues de tout aviateur.

En mettant en exergue le culte du courage, les commémorations témoignent des vertus dont chacun doit faire preuve sans jamais oublier la mission dont le groupe doit être porteur.

Les traditions ont aussi pour but d’aider l’aviateur à cultiver les vertus de dévouement et d’abnégation en s’appuyant sur l’exemple des valeureux anciens, sur les évènements tragiques et sur les disparus qui ont toujours leur place.

Pour développer l’âme de chef

Tout aviateur doit exécuter et donner des ordres. Un tel rôle s’apprend tout au long du service. Un cortège de traditions vient alors matérialiser ces fonctions, ces positions.

La tradition que l’on peut alors définir comme « donner l’exemple » veut que l’on accompagne ses hommes en tout temps et en tout lieu dans les moments difficiles. C’est notamment l’occasion de faire la tournée des services lors des fêtes de Noël sur Base pour visiter les personnes d’astreinte. C’est également la présence des autorités militaires sur les lieux d’opération. Le chef accompagne ainsi ses subordonnés et c’est l’occasion pour lui, à travers sa démarche, d’insuffler et de véhiculer les traditions.

Elles se déclinent aussi à travers la reconnaissance, c’est-à-dire les récompenses comme par exemple : les citations, les témoignages de satisfaction, les lettres de félicitation, les remises de décoration ou encore les discours d’adieu. On donne ainsi en exemple certains comportements lors de cérémonies officielles.           

Le militaire reconnu pour son parcours

La fidélité à l’engagement et donc à l’institution se matérialise en particulier par l’attribution de médailles. Ainsi, les porter est un devoir pour tout aviateur. Elles sont généralement remises à l’occasion de la cérémonie des couleurs. Ces médailles sont attribuées soit au mérite soit à l’ancienneté.

Une autre tradition concerne la volonté de reconnaissance d’un parcours, d’un passage dans une unité. C’est « le pot de départ ». L’esprit qui s’en dégage fédère tous les individus dans l’espoir de se retrouver et permet de cimenter l’esprit de corps.                

Par ces manifestations l’institution accorde à l’aviateur sa reconnaissance pour ses années de service, son investissement et son implication. 

Les traditions qui se sont affrontées, mélangées, séparées, ont évolué pour satisfaire au mieux les principes moraux qui aident le militaire dans l’exercice de son métier. Que ce soit les traditions d’intégration ou encore les traditions au quotidien, elles participent à la cohésion et à la reconnaissance, à la mission et à l’excellence, à l’esprit de corps.

Tout aviateur se doit donc d’être le garant de ces traditions en se les appropriant et en les transmettant. La modernisation technique et les transformations de nos armées ne doivent en aucun cas pas perturber leur rôle, leur fonction et leur importance.

Commandant ® Dr. Christian Brun

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