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L’armée de l’air de Vichy : juin 1940 – novembre 1942

L’armistice, signée le 22 juin, entraîne la disparition de l’armée de l’air. Cependant, grâce à différentes opérations militaires dans les colonies et à des négociations diplomatiques serrées, les Allemands vont trouver un certain intérêt à conserver cette armée. Une nouvelle armée de l’air se met donc en place sous la direction du général Bergeret, qui applique à la lettre les directives de la politique de Vichy en interne. Deux ans sont nécessaires pour en obtenir les moyens, au prix parfois d’une collaboration logistique affichée.

Une armée de l’air en sursis

A la suite des décisions de la convention d’armistice, cette armée – dont le potentiel a été relativement épargné (il reste plus de 5 000 avions à disposition) – doit livrer son matériel aux Allemands et aux Italiens, réduire drastiquement ses effectifs et mettre à disposition son industrie aéronautique. Les principaux acteurs de cette période qui s’emploient à éviter une disparition totale des forces aériennes sont le général Bergeret, futur secrétaire d’État à l’aviation, et le général Romatet, futur chef d’état-major général de l’armée de l’air. Ils s’attachent à restaurer une image écornée par les critiques, et à limiter les pertes en hommes et en matériel afin de reconstruire une nouvelle armée de l’air : celle de Vichy. Dans cette optique, il est impératif de montrer aux vainqueurs qu’il y a une rupture totale avec les anciens alliés et que les forces françaises sont loyales envers les puissances de l’Axe.

Les opérations militaires

Le 3 juillet 1940, l’attaque de la flotte française par les Anglais à Mers El Kébir montre aux Allemands la nécessité de conserver une aviation militaire dans le cadre de la défense de l’Empire et permet d’éviter une mise sous tutelle complète. Cette nouvelle armée est donc contrainte de poursuivre dans cette voie et d’afficher une neutralité française, tout en répondant fermement aux attaques perpétrées par les Anglais et les gaullistes. Les agressions extérieures permettent alors de calmer les ardeurs des commissions d’armistice. Au mois d’août, de sérieuses menaces pèsent sur l’Afrique Équatoriale Française : le Tchad, le Cameroun, le Congo puis l’Oubangui-chari se rallient au Général De Gaulle. L’hémorragie doit être stoppée pour protéger l’Afrique Occidentale Française. L’attaque sur Dakar en septembre 1940, puis celle sur le Gabon et enfin les opérations en Syrie en juin 1941 et à Madagascar en mai 1942 lèvent le doute du côté des Allemands. Cependant, ces évènements révèlent également la fragilité opérationnelle de cette armée de l’air française. Ainsi, la recherche d’un certain équilibre entre une collaboration logistique et une neutralité militaire n’efface pas la méfiance du IIIe Reich.

Volonté de reconstruire

En périphérie de ces évènements, la volonté du secrétaire d’État est bien de reconstruire une armée en en renouvelant sa hiérarchie, ses structures de commandement et ses fondements idéologiques. Les clauses de la convention d’armistice permettent alors d’écarter les personnalités militaires jugées indésirables, au profit d’anciens administratifs qui connaissent parfaitement les rouages. La fragilité de cette nouvelle hiérarchie autorise la mise en place de filières officieuses, dont certains membres œuvrent dans la résistance et d’autres dans une collaboration active.

Ainsi, le général Bergeret met en stricte application la politique de Vichy en prônant le relèvement moral et en faisant de cette armée de l’air un outil politique. Il instaure une formation de la jeunesse et la naissance d’une nouvelle mentalité pour convaincre l’Allemagne et l’Italie de la coopération française, et pour obtenir toujours plus de moyens aux forces ; en 1942, l’aviation dispose de 1 000 avions et prévoit un effectif de 80 000 personnes. Cette période sera donc marquée par un équilibre instable, un jeu très dangereux de tergiversations, ainsi que le choix, pour survivre, de collaborer. Cependant, afin de se préserver d’un éventuel retournement de situation, elle doit également montrer à ses anciens alliés qu’à travers la défense militaire de ses territoires, elle ne fait jamais que défendre sa neutralité. En novembre 1942, cette politique se retourne contre elle. Le débarquement des Alliés en Afrique du Nord vient confirmer que cette armée est inconsistante et trop fragile pour perdurer.

Commandant® Dr. Christian Brun

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