
Le fanion de l’Aéronautique militaire
L’Armée commence à s’intéresser à l’aviation en 1909. C’est le général Roques, directeur du Génie, qui se voit confier la tâcher d’organiser ce qui allait devenir l’Aéronautique militaire et (hélas) longtemps après, l’Armée de l’air. En 1911 le gal Roques devient inspecteur de l’Aéronautique et cette même année voit la création du brevet de pilote militaire. C’est en 1912 que sont posées véritablement les fondations de l’Aéronautique militaire avec l’adoption, le 29 mars, d’une loi qui la crée officiellement et la rattache à l’arme du génie.
En conséquence on pourrait dire que ce fanion n’est absolument pas règlementaire puisque les deux lettres « A et M » désignent une entité qui, en 1911, n’a pas d’existence légale. Mais les circonstances de sa création sont particulières. En 1911 on commence déjà à réfléchir à la guerre. C’est la conséquence de la démonstration de force faite par la canonnière « Panther », sur ordre de l’empereur d’Allemagne devant Agadir, événement considéré par la France comme une provocation. Les grandes manœuvres prévues dans les départements du centre sont annulées ; les troupes des 6ème et 7ème corps d’Armée sont réparties le long de notre frontière avec l’Allemagne dans sa partie est.
En 1911, l’aviation militaire ne possède que des écoles ; il n’existe aucune unité de combat constituée. Dans l’urgence, on accélère la délivrance du brevet de pilote militaire (au 1er juillet, date de l’incident, il y en avait seulement 12) et fin août on est en mesure de mettre sur pied deux sections d’aviation que l’on met à la disposition des 6ème et 7ème corps d’Armée.
La section affectée au 6ème corps est commandée par le capitaine Étévé, polytechnicien brillant, qui était jusqu’alors le commandant de l’école d’aviation de Versailles. Elle comprend 25 pilotes (13 d’active et 12 de réserve) et 12 observateurs car, à cette date-là, les seules utilisations envisagées pour l’aviation étaient l’observation et le réglage d’artillerie. La dotation était de 26 avions, essentiellement des M. Farman. Une fois équipée et au complet, elle rejoint à Verdun le commandement du 6ème Corps dont les troupes occupent les positions prévues pour la protection de la mobilisation générale.
Avant son départ, le capitaine Étévé reçoit du colonel Hirschaeur, commandant les troupes d’aéronautique ce fanion qu’il attache immédiatement à un mât de son biplan M. Farman car il doit permettre le repérage aisé du chef de section. Ce fanion a donc flotté dans le ciel de Verdun en 1911.
La guerre n’a été déclarée que 3 ans plus tard et la section a été dissoute après les manœuvres, la tension entre la France et l’Allemagne ayant baissé d’un cran après la signature d’un accord. Le capitaine Étévé conserva ce fanion qui orna son bureau notamment à l’École militaire et d’application de l’aéronautique, ancêtre de l’École de l’air. Devenu Inspecteur général, il estima que sa garde devait être légitimement confiée à l’École de l’air.
La loi du 29 mars 1912, légèrement modifiée en 1914 esquisse l’ossature de l’Aéronautique militaire en instituant le personnel navigant, les écoles la troupe et un corps comprenant les mécaniciens. Cette structure restera valable pendant toute la guerre.
Enfin le treize mai 1916, à Dijon, l’Aéronautique militaire reçoit son premier drapeau et c’est le sous-lieutenant Guynemer qui est désigné pour le porter.
Texte du Général Serge Raynaud (†)
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