Le capitaine Maurice de Seynes est né le 7 août 1914, 4 jours après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Brillant élève, il prépare l’École polytechnique et l’École de l’air. Reçu à l’École de l’air, ce qui correspond tout fait à ses aspirations, il intègre la deuxième promotion, en 1936, la promotion Astier de Villate.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est au groupe de chasse 2/6, à Chartres où il fait la connaissance du futur général Léon Cuffaut, autre grande figure de la Seconde Guerre mondiale qui réalisera plus de 1000 missions de guerre, avec qui il partagera de longues heures de combat et d’amitié.
Il participe à la campagne de France au cours de laquelle il remporte deux victoires les 5 et 6 juin. Il est alors cité à l’ordre de l’Armée aérienne et est titulaire de la Croix de Guerre.
Après l’armistice son unité est dissoute. Il est affecté au groupe de reconnaissance 2/4 en juillet 1940, puis à l’École de l’air à Toulouse et enfin au groupe de chasse 2/8 à Marignane.
Placé en congé d’armistice, il décide de regagner l’Afrique du Nord en passant par l’Espagne. À Alger, il retrouve Léon Cuffaut et ensemble ils partent pour Moscou rejoindre le groupe « Normandie ». Le voyage sera long et ils n’arriveront à Moscou que fin 1943, après être passés notamment par l’Iran.
Le groupe de chasse n°3 est né du souci du Général de Galle de faire reconnaître sa légitimité par les Alliés. Sur la foi d’un rapport de l’attaché de l’air à Moscou, de longues et difficiles négociations avec le gouvernement soviétique vont permettre la création d’une unité aérienne entièrement française intégrée à l’Armée de l’air soviétique. Le chef de la France libre donne son accord pour que le groupe de chasse n°3, initialement formé à Rayack au Liban sous les ordres du commandant Pouliquen, porte le nom de « Normandie » (Niémen ne viendra s’y ajouter que 2 ans plus tard sur proposition de Staline).
Le Régiment a choisi de s’équiper de matériel soviétique, des « Yak », qui, malgré quelques défauts dont certains ont entraîné des drames, donneront entière satisfaction sur le plan opérationnel. Les mécaniciens sont russes.
La première campagne va durer du 22 mars au 6 novembre 1943 et les 15 pilotes affectés à la création, renforcés par une vingtaine entre mai et août, vont remporter 77 victoires. Hélas, 19 d’entre eux disparaîtront au cours de cette première campagne.
Fin 1943, le régiment s’installe à Toula sur une base toute neuve qu’apprécient fortement les aviateurs français qui depuis plus d’un an vivaient dans des conditions plutôt spartiates. C’est à cette époque que les lieutenants de Seynes et Cuffaut arrivent à l’unité en même temps, entre autres, que le capitaine Delfino qui commandera le régiment en 1945 et l’École de l’air en 1957.
À la fin du mois d’avril 1944, le régiment comporte quatre escadrilles. Maurice de Seynes appartient à la seconde « le Havre », aux côtés de Joseph Risso, au « Normandie » dès la première heure. À l’approche de l’été, l’Armée Rouge déclenche une vaste offensive pour réduire le saillant de Biélorussie. Elle est appuyée par la 303ème Division aérienne à laquelle le « Normandie-Niémen » a été incorporé. L’avance est très rapide et le 15 juillet le régiment doit se déplacer vers Mikoutani petit village au sud de Vilnius.
Comme les autres pilotes, de Seynes embarque avec lui son mécanicien russe nommé Biélozoube qui a pris place, sans parachute car la place n’est pas suffisante, dans un petit compartiment derrière lui. Peu de temps après le décollage, il annonce une importante fuite de carburant qui, rapidement va se révéler catastrophique. Manifestement aveuglé et intoxiqué par les vapeurs d’essence il tente à plusieurs reprises de se poser mais n’y parvient pas. Le capitaine Delfino lui donne l’ordre de sauter en parachute mais visiblement il n’a pas l’intention d’abandonner son fidèle mécanicien coincé dans le fuselage. Lors d’une dernière tentative, après un demi-tonneau, il percute le sol et explose instantanément.
Le sacrifice du capitaine Maurice de Seynes illustre de manière tragique la fraternité d’armes qui unissait pilotes français et mécaniciens soviétiques. Il a considérablement impressionné les aviateurs soviétiques et a été cité en exemple dans toute l’Armée Rouge.
Mort pour la France, chevalier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Croix de Guerre avec palme, de la médaille des évadés et de l’Ordre russe de la guerre pour la patrie. Il totalise 670 heures de vol et 53 missions de guerre.
La promotion 1949 de l’École de l’air l’a choisi comme parrain et la base aérienne d’Orange porte son nom.
Commandant ® BLANC Laurent et Commandant ® Dr. BRUN Christian
