Né à Limoges le 14 mai 1898, Martial Valin se sentit, très tôt, attiré par la carrière des armes. Aussi son père lui conseilla de se présenter à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr où il fut admis en mai 1917, un mois après avoir été appelé et incorporé au 4ème régiment de dragons. Il ne revint au front avec le grade d’aspirant, qu’en février 1918 pour servir au 32ème régiment de dragon puis au 3ème régiment de chasseurs d’Afrique. Là, il connut toute la dureté de la guerre des tranchées et, gazé, fut hospitalisé en septembre 1918.
Les hostilités terminées, Valin regagna Saint-Cyr afin de suivre les cours des élèves-officiers, passa un an à l’école de cavalerie de Saumur avant de rejoindre son régiment à Saint-Germain-en-Laye. Malgré l’exaltation qu’il éprouvait, la vie de caserne lui pesait. Il se porta alors volontaire pour le levant. Pourtant, c’est au Maroc qu’il devait être renvoyé le 10 mars 1923, non sans avoir effectué auparavant un bref séjour à Constantinople. Son goût pour l’action ne fut néanmoins comblé qu’en juillet 1925 quand il prit part à la campagne du Rif. Rappelé en métropole en 1926, il découvrit une France métamorphosée dont la société célébrait la modernité des temps que symbolisait l’aviation. Désireux de connaître de nouveaux horizons, le cavalier se fit aviateur.
Observateur en 1927, Martial Valin décrocha son brevet de pilote à Avord le 24 janvier 1928. Dès 1929, il se spécialisa dans le bombardement et le vol de nuit, et les qualités exceptionnelles qu’il révéla lui valurent de commander une escadrille dès 1931. Dès lors, l’ascension de cet officier ne devait plus cesser. En 1935, distingué par ses supérieurs comme un élément brillant, il fut appelé au 3ème bureau de l’état-major général de l’Armée de l’air et fut promu commandant. Trois ans plus tard, placé à la tête du groupe de reconnaissance 1/33 sur Potez, il devait multiplier les missions périlleuses, comptant 112 heures de vol offensif, dont 36 de nuit, au bout des deux premiers mois de conflit. Cité à l’ordre de l’Armée et décoré de la Croix de guerre, il fut investi des fonctions de chef du 2ème bureau du Grand quartier général aérien.
En mars 1940, il fut envoyé en mission temporaire au Brésil. C’est là qu’il apprend sa nomination au grade de lieutenant-colonel et la défaite de son pays. Refusant la victoire allemande, il décida de rejoindre le général De Gaulle. Et c’est ainsi que, le 11 février 1941, il embarqua pour la Grande-Bretagne. Le colonel Valin prend alors le commandement des Forces aériennes françaises libres le 10 juillet 1941, avant de devenir, en octobre, commissaire général à l’Air (étant général de brigade depuis le 12 août). Fort de son expérience, il réorganisa l’aviation française libre et constitua des groupes de chasse et de bombardement qui devaient affirmer, sur tous les fronts, la présence française aux côtés des alliés. En juillet 1943, il est nommé chef d’état-major général adjoint. Chargé du secrétariat général à l’Air, il prit, à la libération, la tête de la 2ème Région aérienne puis, en novembre 1944, devint chef d’état-major de l’Armée de l’air. Élevé au grade de général de division en janvier 1945, la guerre était sur le point de s’achever et la reconstruction de l’Armée de l’air s’annonçait. Mais se profilait également l’idée d’une paix à conquérir. C’est ainsi qu’il siégea au comité d’état-major des Nations unies jusqu’en février 1947. À son retour en France, il prit en main l’inspection générale de l’Armée de l’air et, appelé au conseil supérieur de l’Air en 1953, il devait y faire preuve d’une clairvoyance peu commune, démontrant la nécessité d’acquérir une force aérienne stratégique, condition à l’existence d’une puissance française. Obtenant, en 1954 d’être maintenu sans limite d’âge dans la première section du cadre de l’état-major général, il quitta ses fonctions l’année suivante, étant depuis 1949 grand-croix de la Légion d’Honneur, et depuis 1950 général d’armée. Dès lors, il représenta la France dans de nombreuses manifestations et cérémonies avant de s’éteindre le 19 septembre 1980.
Colonel (CR) François Mével
Revue Air Salon, N° 4, Avril 2003, p. 21
Symbole de l’épopée des Forces
aériennes françaises libres, cet officier n’en incarne pas moins la volonté de
renaissance et d’indépendance qui,
à partir de 1943, anima l’Armée de l’air française.
