Novembre 1942 : vers une réunification de l’Armée de l’air ?
Le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, marque une avancée significative de la conquête des territoires de l’Empire par les alliés. C’est également l’évènement qui va placer les chefs de l’armée de l’Air de Vichy devant leurs responsabilités et faire prendre conscience aux aviateurs présents au Maroc et en Algérie de l’impuissance de Vichy, de la nécessité de se ranger aux côtés des anciens alliés et donc de faire cause commune avec les Forces Aériennes Françaises Libres.
Le débarquement
L’armée française de Vichy est en état d’alerte depuis le printemps 1942. Tous les préparatifs ont été menés afin de contrer des attaques britanniques. Le général Mendigal, qui commande les forces aériennes, est prêt à s’opposer à un débarquement en Tunisie ou au Maroc.
Malgré les faiblesses de son armée et à la suite de la perte de nombreux territoires de l’Empire, le maréchal Pétain a donné l’ordre de se défendre à tout prix.
Le 8 novembre, une première attaque aérienne détruit une dizaine d’avions sur le sol marocain. De violents combats aériens s’engagent et conduisent à de lourdes pertes. Au terme de la journée du 9 novembre, l’aviation du Maroc, à la suite du bombardement de Marrakech, est anéantie. Là encore, le matériel s’est avéré insuffisant.
À Oran, le débarquement s’accompagne de bombardements. Les pertes sont nombreuses. Dans le secteur autour d’Alger, elles demeurent limitées car l’ordre a été donné de ne pas résister. La base de Blida est neutralisée. Ces combats, autour d’Alger, ne dureront qu’une journée car Juin et Darlan ordonnent le cessez-le feu. Il faut attendre le 10 novembre pour que celui-ci soit effectif dans toute l’Afrique française du Nord. Les combats significatifs n’auront duré que quelques jours, mais le bilan est lourd pour l’armée de l’Air de vichy : 44 aviateurs tués, 10 autres blessés et 71 appareils détruits. Mais, ce qu’il faut retenir, c’est la fidélité qui a marqué l’engagement des aviateurs et surtout le respect de leur serment envers le maréchal.
Position des chefs
Pendant les évènements, les membres influents de l’armée de l’air de Vichy sont présents, en particulier Bergeret. Sa position reste toutefois attentiste : il ne prend aucune décision, attendant probablement la fin des hostilités pour se prononcer sur un éventuel ralliement.
De son côté Mendigal, commandant supérieur de l’air en Afrique du nord, maintient, pendant les opérations, l’ordre de s’opposer au débarquement. Les principaux chefs de l’aviation restent donc fidèles à leur engagement. Ils conserveront cette position jusqu’au cessez le feu en faisant valoir leur subordination vis à vis du maréchal. Le 11 novembre l’affaire se dénoue car les troupes allemandes sont entrées en zone libre. L’obligation de choisir son camp est arrivée. Le choix est fait : la lutte se fera aux côtés des alliés.
Dans l’immédiat, Bergeret et Mendigal sortent indemnes de ces évènements : le premier devient haut-commissaire adjoint et obtiendra le ralliement de l’Afrique Occidentale Française et le second conserve le commandement supérieur de l’air en Afrique du Nord et entamera la réorganisation de l’armée de l’air.
Ressentiment des aviateurs
Du côté des aviateurs, c’est la confusion. À l’annonce du débarquement, c’est d’abord une sorte de soulagement qui domine. Les ordres de se battre sont accueillis, d’abord comme un simulacre, mais deviennent rapidement un combat véritable. La matinée du 8 ne semble pas avoir été ressentie comme éprouvante. En revanche, lorsque les pilotes apprennent la mort de nombreux collègues, ils réalisent que l’opération est bien réelle. Le moral est alors au plus bas et, de plus, ils savent que la cause est perdue. Beaucoup s’en veulent de ne pas être intervenus et certains parlent de trahison et reprochent aux chefs de les avoir laissés dans le flou. Ces aviateurs, qui pensaient pouvoir en découdre avec les Allemands, se reprochent de ne pas s’être battus aux côtés de leurs camarades. Certains, à cause de cette situation, vont se raccrocher à une figure qu’ils estiment plus rassurante et plus stable : celle du Maréchal. Il faudra attendre l’occupation de la Zone libre, le sabordage de la flotte à Toulon et la dissolution de l’armée de Vichy pour que les aviateurs se rangent aux côtés des alliés.
En novembre 1942 c’est le bouleversement des certitudes et en particulier celle d’avoir une belle Armée, prête pour une future revanche. Cependant, pour les aviateurs d’Afrique du Nord qui vont se battre dans l’immédiat aux côtés des alliés, on peut parler en avance de phase d’unification et de renaissance.
Commandant® Dr. Christian Brun
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