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L’arrivée de l’École de l’air à Salon de Provence

Les premiers Poussins dans l’azur salonais

Avant 1937, l’École de l’air est positionnée à Versailles. Mais le regroupement de toutes les formations d’officiers dans ce lieu n’est plus viable. Le Ministère de l’Air cherche donc un nouvel emplacement. Il pense alors à Salon-de-Provence.

Avec une école de formation des officiers dans cette petite ville de province, c’est l’opportunité de créer un immense complexe aéronautique en réunissant l’école de formation des sous-officiers du personnel navigant à Istres et un pôle aéromaritime à Berre et à Marignane. Le premier signe symbolique de la réalisation de toutes les promesses sera l’arrivée des premiers effectifs au mois de mai 1937.

De part et d’autre de la Touloubre, 41 baraques, 25 chalets et magasins en bois destinés à recevoir les premiers cadres et élèves de la future promotion, sortent de terre. Les premiers élèves arrivent vers 8 heures du matin. Des cars les emmènent vers ce qui n’est alors qu’une ébauche du Piège actuel…

En effet, les installations sont loin d’être terminées : le mess des élèves et l’infirmerie viennent de sortir de terre. A l’est, deux hangars « Jeumont » qui abritent les premiers avions destinés à la formation, les Morane Saulnier 225 de la Patrouille d’Étampes et les avions de l’école de perfectionnement « chasse » MS 315 et 230. La promotion 1937 fait alors connaissance avec son encadrement : les poussins sont répartis en trois brigades de deux pelotons chacune. Au total, ce sont douze cadres qui ont la responsabilité de cette nouvelle promotion.

Une fois les élèves répartis dans les pelotons, ils rejoignent leurs logements, des bâtiments préfabriqués en forme de H. La formation militaire peut commencer : rassemblements rapides, marches au pas, maniement des armes et cérémonies des couleurs. Les élèves remédient à l’absence de leurs aînés en se « bahutant » entre peloton et en organisant des soirées très animées. Leur isolement n’a donc pas empêché la transmission de la plupart des traditions.

L’unique intervention des « Anciens » s’est déroulée le 18 décembre 1937 pour le « Baptême dans le vent des hélices », la « Remise des poignards » et le « Déguisement en Focam », créature chimérique. L’instruction militaire est rudimentaire. Faute de moyens, les exercices de combat et de tir sont quasi inexistants. Malgré tout, on inculque aux élèves les doctrines des différentes armes. Ce sont surtout des marches qui animent le quotidien des poussins notamment aux Baux-de-Provence, site historique qui va donner sa devise à l’un des chants de l’École de l’air : « Race d’aiglon jamais vassale ».

Une salle de cours et des salles d’étude ont été terminées pendant les vacances de Noël. Tout est enfin prêt pour accueillir les poussins pour la rentrée. Pour animer ces nouvelles infrastructures, le corps professoral scientifique est composé de professeurs d’algèbre, d’analyse, de mécanique des fluides et de mécanique de la faculté d’Aix-Marseille. Du côté des matières « aéronautiques », l’enseignement est assuré par des militaires.

L’École de l’air, c’est aussi le début des vols même s’ils sont peu nombreux. Pas de quoi satisfaire les poussins qui se consolent en levant les yeux sur les 9 Morane Saulnier MS 225 de la patrouille de l’École de l’Air, ainsi qu’en observant les stagiaires de l’école de perfectionnement « chasse » et leurs Morane Saulnier MS 230 et Dewoitine D 500. Avant de quitter Salon, la promotion organise son « mur géné ». Faire le mur à Salon n’est pas très difficile, il suffit de franchir la Touloubre.

Affublés de costumes extravagants, les poussins font exploser près de 300 pétards à minuit, sonnent les cloches de la collégiale Saint-Laurent, et embrasent le château de l’Empéri à l’aide de feux de Bengale ! Les habitants, éberlués, descendent sur le trottoir et applaudissent. L’histoire ne serait probablement pas allée plus loin si la sonnette du colonel Bonneau, chef de l’École de l’air n’avait pas été tirée, et si la presse marseillaise n’avait pas monté en épingle cette virée.

Après leur mur mouvementé, les poussins de la promotion 1937 partent enfin pour Cazaux le 30 juin 1938. Malgré toutes les difficultés et leur manque d’expérience ces jeunes officiers n’ont eu aucune hésitation lorsqu’ils ont dû affronter l’agression allemande.

Le bilan des premières années est très lourd : la promotion « Mézergues » a perdu quarante et un de ses membres pendant la guerre, soit 39% de son effectif initial. Vingt-trois d’entre eux seront déclarés « Morts pour la France », douze serviront jusqu’au grade de général et la promotion 1937 donnera six parrains : capitaine Robert Brachet, capitaine André Gouachon-Noireaut, commandant Henri-Jeandet, sous-lieutenant Harold de La Taille Trétinville, général d’Armée Aérienne Michel Madon, sous-lieutenant René Pomier-Layrargues.

Commandant© Dr. Christian Brun

Commandant Albert Mezergues parrain de la promotion EA 1937
Capitaine Robert Brachet parrain de la promotion EA 1948 et élève de la promotion EA 1937
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